
Les entreprises capables de les concevoir et de les réaliser se comptent sur les doigts d'une main. Et GE Energy est la seule à les fabriquer en France. Les turbines de sa concurrente nationale sont élaborées en Suisse. Emmanuel Kerrand, le directeur général de l'ingénierie de GE Energy Products Europe, a fortiori du Centre technologique de GE Energy à Belfort, donne les clés du fonctionnement de son département.
INNOVATION & INDUSTRIE : QUELLE EST VOTRE POLITIQUE DE RECRUTEMENT ?
Emmanuel Kerrand : Nous recrutons des spécialistes de la mécanique, de l'acoustique, de l'aéraulique, des émissions de gaz et particules, des matériaux... Il nous arrive d'embaucher des ingénieurs de l'aéronautique, car les moteurs d'avions sont fondés sur les mêmes concepts que les turbines à gaz. Notre champ de recherche nécessite, au total, seize compétences différentes. Au-delà des spécialités par secteur, nous sommes aussi en quête de profils pluriels, débutants et expérimentés. Enfin, nous apprécions les jeunes diplômés qui acceptent le parcours Edison, du nom du fondateur de General Electric. Ils s'engagent à compléter leur cursus de formation initiale par un cursus sur le terrain d'une durée de deux ans, en passant par différents métiers : la conception, la production, le service clients...
COLLABOREZ-VOUS AVEC DES ORGANISMES DE R&D EXTÉRIEURS ?
Notre département de R&D couvre plutôt correctement les besoins de recherche et développement dans les turbines à gaz, sans compter l'apport d'autres centres de R&D de GE Energy, notamment en matière de cogénération. Cela ne nous interdit cependant pas de collaborer avec des laboratoires, publics ou privés. Les premiers ont une vue globale sur des sujets connexes aux nôtres qui nous intéressent. Nous avons, par exemple, sous-traité le développement de capteurs intelligents à des établissements comme l'université technologique de Belfort-Montbéliard, le CNRS de Nancy... Nous avons recours aux seconds dans des domaines très pointus, notamment dans le dimensionnement des flux aérauliques.
RAPPELEZ-NOUS LE PRINCIPE DU CYCLE COMBINÉ GAZ-VAPEUR.
L'air est injecté dans un compresseur. Cet air comprimé passe dans des chambres de combustion, où un combustible est ajouté et brûlé pour augmenter sa température au-delà de 1 000° C. L'air chaud est ensuite détendu dans une turbine de puissance qui entraîne le compresseur et un alternateur afin de produire de l'électricité. La chaleur résiduelle des gaz d'échappement est suffisamment élevée pour générer de la vapeur dans une chaudière et alimenter une turbine à vapeur qui produit à son tour de l'électricité. On parle alors de cogénération d'électricité par le biais d'un cycle combiné - turbine à gaz et turbine à vapeur. Le rendement de la turbine à gaz seule est d'environ 35 %, mais en cycle combiné elle passe de 50 à 60 %, et peut monter jusqu'à 90 % si l'on récupère la vapeur résiduelle (du 2e cycle) pour faire du chauffage urbain. La puissance maximale produite dans cette hypothèse atteint environ 430 MW.
VOUS COMPTEZ DONC INVESTIR DANS LA R&D DES TURBINES À VAPEUR ?
Oui, nous allons créer une petite cellule de R&D spécialisée dans les turbines à vapeur. Elle s'impose d'autant plus que les clients achètent de plus en plus des solutions de cogénération. Le centre de compétence mondial des turbines à vapeur est à New York, mais nous avons besoin ici de spécialistes, en cours de recrutement, capables de faciliter le travail collaboratif avec l'équipe d'outre-Atlantique.
Nouvelle livraison d'une centrale à charbon sans émission de CO2
GEEnergy a commencé à monter, en juillet dernier, une nouvelle centale de production d'électricité à charbon sans émission de CO2 pour le compte de son client Duke Energy, un énergéticien d'Edwardsport (Indiana). Cette centrale fonctionera en 2012 avec une puissance d'environ 630 MW. Le stockage de CO2 sera possible quand les techniques seront éprouvées et quand le client le décidera. Cette technologie a été mise au point aux États-Unis et en France (Belfort). Si sa maîtrise technique est complexe, son principe de fonctionnement est simple : une fois le charbon gazéifié, on sépare les molécules (CO2, hydrogène, métaux lourds, soufre...). L'hydrogène est brûlé pour produire de l'énergie électrique. Les autres molécules sont capturées. Les unes sont réutilisées ; les autres, comme le CO2, peuvent être stockées. Résultat : le charbon devient « propre ». Pour le stockage, GE Energy s'est associé à Schlumberger, dont c'est l'une de ses spécialités.
Mini Bio
Emmanuel Kerrand dirige depuis novembre 2003 le service d'Ingénierie des produits de GE Energy Products Europe. Il a rejoint GE Energy Products comme responsable qualité des produits en 1999, à la suite de l'acquisition d'Alsthom Turbine à gaz par GE Energy. Il a commencé sa carrière au sein du laboratoire de Philips sur des applications photovoltaïques. En 1983, il passe chez Alcatel- Alsthom, où il met au point des procédés de fabrication industrielle de composants pour turbines à vapeur et à gaz et turbocompresseurs. En 1994, il participe au lancement de nouvelles gammes de turbines à gaz en Angleterre (GEC-Alsthom).
DjamelKhamès