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Innovation & Industrie 30 > Innovation industrielle

La virtualisation facilite l'innovation


 DJAMEL KHAMÈS

La réalité virtuelle se situe entre la CAO et la FAO quand il faut donner des formes aux plans sortis des ordinateurs des bureaux d'études avant la préparation de leur mise en production. Les outils de la réalité virtuelle, déjà adoptés dans les laboratoires des plus grandes entreprises industrielles, deviennent plus interactifs et collaboratifs. Leur potentiel s'en trouve nettement agrandi.

Christophe Chartier est un pionnier de la réalité virtuelle en France. Fondateur de la société Immersion, il a longtemps distribué les produits venus d'ailleurs, des périphériques comme les casques 3D. Quand Immersion a développé un second métier, la fourniture de solutions clé en main, de nouvelles réflexions ont amené l'entrepreneur à se demander « pourquoi proposer de beaux instruments conçus par des ingénieurs plutôt que des outils dotés d'interfaces plus adaptées à l'homme pour l'immersion et l'interactivité ? Pourquoi celle-ci n'est pas intuitive ? » De là est né le virus de l'innovation d'Immersion. Cette PME bordelaise a participé et participe encore à plusieurs programmes de recherche, dont certains financés par l'Union européenne. Pour Christophe Chartier, « il faut mettre l'homme au centre des préoccupations des concepteurs dès la conception ». Premiers résultats des travaux d'Immersion : la table tactile multipoints et le Cubtile. Ce dernier permet à son utilisateur d'interagir dans une salle immersive avec les images en caressant le fameux cube pour obtenir un zoom avant-arrière, une rotation, etc. Les prochaines versions auront de nouvelles fonctionnalités, comme l'équivalent d'un clic de souris.

La salle immersive facilite le travail collaboratif

Renault est certainement l'un des premiers à l'avoir adoptée. La salle immersive s'inscrit dans sa stratégie de numérisation générale des données, depuis la conception du produit jusqu'à sa mise sur le marché. Le premier intérêt d'une telle salle - remplacer les premières maquettes physiques - est évident. Elle induit des économies en éliminant la construction de plusieurs prototypes et des gains de productivité en accélérant le processus de création d'un véhicule, qui passe de 24-36 mois à 12-18 mois. La salle immersive, dont Immersion est l'un des spécialistes, permet de simuler une cinématique (mouvement d'un équipement dans la voiture par exemple), de détecter un problème d'accessibilité, de friction... « Vingt à quarante personnes - trois ingénieurs mécaniciens, deux responsables du marketing, un designer... - parviennent à se regrouper dans certaines salles. Ensemble, ils peuvent régler instantanément bien des problèmes, évitant de nombreux va-et-vient entre les bureaux des différents responsables », souligne Christophe Chartier. La dimension collaborative du travail, pluridisciplinaire ou non, prendra une nouvelle dimension quand des outils d'interaction, comme le Cubtile, se développeront, car ils permettent à des non-techniciens de manipuler aisément les objets projetés dans la salle.

La performance des salles en nette amélioration

Une salle immersive - constituée de projecteurs (plus leur luminosité est élevée, plus la colorimétrie est proche de la réalité), de rétroprojecteurs (derrière l'écran semi-transparent) qui suppriment les ombres des présents, des écrans d'une taille imposante (6 m x 2,25 m), de calculateurs graphiques de plus en plus puissants et logiciels adéquats qui fluidifient les successions d'images - permet de visualiser, c'est capital, un objet à l'échelle 1. La taille réelle donne une appréciation assez proche du réel. Le designer, au lieu de valider un problème mécanique, sera alors en mesure de valider une texture, une couleur, etc.


 

La réalité augmentée se démocratise

Il y a peu encore, la réalité augmentée, qui consiste à fixer des images de synthèse dans un environnement réel à l'aide de différentes techniques, était réservée à un public confidentiel. Aujourd'hui, elle rencontre un écho auprès du grand public. L'exemple type est celui d'une marque de céréales. En se connectant sur le site du fabricant et en filmant le paquet avec la webcam, identifié préalablement à l'aide d'un tag 2D, l'utilisateur voit ses mains tenant le paquet bouger sur l'écran de l'ordinateur, reproduisant les gestes réels qu'il vient de faire. Des lunettes permettent de visualiser des informations sur un monument quand celui-ci se trouve dans le champ de vision du porteur. Enfin, il n'est pas impossible qu'à terme des informations s'affichent sur le pare-brise d'une automobile quand celle-ci passe devant un restaurant ou un site touristique.


 

Les ergonomes s'en mêlent

« Nous développons un logiciel - Ergowide - qui permet de mettre quelqu'un dans une chaîne de production virtuelle, au centre d'un système immersif. Grâce aux capteurs dont est munie la personne qui se prête au jeu, les observateurs, des ergonomes notamment, sont en mesure de détecter les mauvaises positions, génératrices notamment de TMS, et apporter les ajustements nécessaires. Les gains peuvent être énormes. » (Simon Richir, professeur Arts et Métiers ParisTech et directeur scientifique de VirtuaLaval.)

DJAMEL KHAMÈS

« La réalité virtuelle se situe entre la CAO et la FAO quand il faut donner des formes aux plans sortis des ordinateurs des bureaux d'études avant la préparation de leur mise en production. Les outils de la réalité virtuelle, déjà adoptés dans les laboratoires des plus grandes entreprises industrielles, deviennent plus interactifs et collaboratifs. Leur potentiel s'en trouve nettement agrandi. »
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