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Innovation & Industrie 34-35 > Régions & Pôles

Le Technocampus EMC2 vise le statut d'IRT


Le Technocampus EMC2 met en avant ses atouts pour devenir institut de recherche technologique (IRT) : sa structure, sous la forme d'un groupement d'intérêt public, associe déjà formation supérieure, laboratoires de R&D et centre de production de prototypes et de petites séries complexes. Il peut aussi compter sur de prestigieux parrains, comme EADS IW et Airbus. Mais pour se transformer en IRT, il faudra d'abord séduire les juges du Grand emprunt.

Le centre de recherche Technocampus EMC2 a pris forme en 2005, à l'époque où EADS IW lançait à Nantes le programme Techno'Campus avec un triple objectif : parfaire sa relation avec la recherche publique régionale, assister techniquement les établissements d'Airbus de Nantes et Saint-Nazaire dans le domaine des matériaux composites et, enfin, tenter d'organiser une filière avec certaines PME-PMI locales. Patrick Chedmail, vice-président du Technocampus EMC2, met en avant les atouts de la mutualisation des équipements technologiques, dont certains sont exceptionnels : « C'est un élément clé de l'attraction du centre nantais, car elle lui donne la capacitéde couvrir l'ensemble du cycle de vie des produits. » Mis à disposition par certains partenaires industriels, ces équipements aident les PME-PMI membres du Technocampus à réaliser des projets de R&D et de pré-industrialisation. Ils permettent aussi la conception d'outillages et de pièces, la mise en œuvre des matériaux composites thermodurcissables et thermoplastiques, comme le drapage, la dépose automatisée, le placement des fibres, le formage, l'injection-infusion, la pultrusion, la cuisson, la consolidation, le soudage, le parachèvement... Ils autorisent aussi la simulation des procédés et le contrôle non destructif - ultrasons, thermographie infrarouge, ultrasons laser... - de pièces de formes complexes en matériaux composites. Né de la volonté des acteurs de la filière aéronautique, porté financièrement par le Conseil régional des Pays de la Loire, Technocampus EMC2 s'est depuis ouvert à d'autres secteurs, comme le naval, l'automobile, l'énergie, le génie civil...

Jules Verne appelé à la rescousse
Qui incarne le mieux le progrès technique ? Jules Verne, évidemment. C'est décidé, le projet qui porte la candidature à l'obtention du label « institut de recherche technologique » est baptisé du nom de l'écrivain. La référence à l'auteur de romans d'anticipation est d'autant plus légitime qu'il a vécu à Nantes. Bien qu'on ne connaisse pas encore le détail de l'appel à projets, nous savons, depuis la médiatisation du Grand emprunt, que le gouvernement retiendra de cinq à dix instituts. Pour Patrick Chedmail, il y a peu de doute sur le succès du futur IRT Jules-Verne, car « le Technocampus EMC2 est le prototype même d'un institut de recherche technologique ». S'y côtoient des établissements d'enseignement supérieur et de recherche, des organismes de transfert technologique, des industriels avec d'importantes capacités de R&D, de prototypage et de pré-industrialisation. De plus, le montage juridique et financier est public-privé - c'est la définition même d'un IRT...

Une façon de rester en éveil...
Il existe autant de profils et motivations qu'il y a de locataires au Technocampus EMC2. Ainsi, le Cetim de Nantes, installé au coeur du centre, mène des études pour son compte propre et celui de tiers. Laurent Juras, responsable de l'activité composites de l'unité nantaise, rappelle que son organisme « cherche par exemple à améliorer les procédés d'industrialisation. Cela passe par le remplacement de composites thermodurcissables par des thermoplastiques, plus rapides à produire. Mais avant d'y parvenir, il faut augmenter les performances des thermoplastiques, en jouant notamment sur leurs caractéristiques mécaniques par l'ajout de fibres, etc. ». D'autres sujets sont explorés, comme le gain de poids. Le Cetim reste fidèle à sa mission de service public. De son côté, le jeune groupe industriel Europe Technologies, né en 1993, a bâti sa réputation avec Aérospatiale. Il usinait pour lui des pièces en prenant en compte les paramètres prépondérants du comportement des matériaux. Sa technique : mesurer les contraintes résiduelles par diffractions des rayons X. « Quand on a l'innovation dans la peau, adhérer à un pôle de compétitivité, puis à un centre de recherche technologique est naturel », témoigne Patrick Cheppe, docteur en mécanique et PDG d'Europe Technologies. Pour lui, demeurer au Technocampus EMC2, c'est en quelque sorte rester en éveil. En effet, l'accès à la veille technologique, le partage de laboratoires de R&D et les expérimentations industrielles sont facilités. Sans parler des échanges informels sur l'état des marchés.

EMC2 : les chiffres clés
Né de l'association du pôle de compétitivité EMC2 et du Techno'Campus, le centre de recherche Technocampus EMC2 réunit quatre établissements d'enseignement supérieur 1, un centre de transfert technologique 2, plusieurs industriels, dont EADS IW et Airbus 3. 180 personnes (300 en 2012) travaillent sur les 18 800 m2 bâtis sur le site. Tous disposent de laboratoires incluant des moyens de prototypage (jusqu'à l'échelle 1) et de moyens de fabrication et de contrôle des structures composites. Ajoutons les salles de conférences, avec des espaces dédiés aux formations et à l'animation de la filière. Le Technocampus EMC2 a bénéficié d'un investissement immobilier de 41,04 M€ et d'un investissement en équipements de R&D de 22,4 M€.

1. École centrale de Nantes, École des mines de Nantes, École polytechnique de l'université de Nantes et Institut catholique des Arts et Métiers de Nantes.
2. Centre d'expertise sur les composites du Cetim.
3. EADS IW, Airbus, Daher-Socata, Segula Technologies, Europe Technologies, AFC Mécanum, Ajilon Engineering...

DJAMEL KHAMÈS

« Le Technocampus EMC2 met en avant ses atouts pour devenir institut de recherche technologique (IRT) : sa structure, sous la forme d'un groupement d'intérêt public, associe déjà formation supérieure, laboratoires de R&D et centre de production de prototypes et de petites séries complexes. Il peut aussi compter sur de prestigieux parrains, comme EADS IW et Airbus. Mais pour se transformer en IRT, il faudra d'abord séduire les juges du Grand emprunt. »
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