
Connus selon un récent sondage par seulement un français sur dix, les bioplastiques sont pourtant symbolisés par un produit de masse : le sac plastique en amidon. C'est tous les freins à l'utilisation industrielle des bioplastiques qui sont rassemblés dans cet exemple. Freins économiques, tout d'abord : des prix deux à trois fois plus élevés que les plastiques synthétiques, conjugués à une disponibilité faible, limitent leur utilisation et leur rentabilité.
Second frein : leurs caractéristiques techniques. Point de fusion, propriétés barrières et résistance, sont bien souvent moindres que celles de leurs équivalents synthétiques. Ceci n'a rien d'étonnant : les plastiques traditionnels bénéficient de recherches et d'investissements réalisés sur plus de cinquante ans et amortis depuis longtemps.
Symbole concret de ces faiblesses, le sac de caisse contient entre 40 et 60 % de plastique biosourcé, renforcé par un copolyester biodégradable... et est de moins en moins distribué.
La patience est donc nécessaire pour voir les programmes de recherche actuels apporter les solutions économiques et techniques attendues de l'industrie.
C'est depuis dix ans qu'industriels et chercheurs ont commencé à développer des plastiques conçus à partir du végétal. Le panel qu'offrait la nature semblait illimité : lignine ; pellulane ; protéines comme la caséine, la zéine, le gluten ; polysaccharides comme l'amidon, la cellulose, les alginates, l'agar-agar, la chitine et le chitosane ; polymères d'origine bactérienne comme les PHA et PHB ; polymères synthétiques biosourcés comme l'acide polylactique (PLA).
Ce panel de biopolymères ambitionnait de conquérir un marché des plastiques structuré autours de trois grands secteurs : l'emballage (39 %), le BTP (24 %), l'automobile (13 %).
Dix ans après cette effervescence d'idées : qu'en est-il ?
Les centres de recherche et clusters fédèrent autours d'eux des programmes collaboratifs axés dans le packaging, avec désormais des projets d'emballages actifs.
PSA, Toyota, mobilisent le secteur automobile et communiquent sur la production future de voitures vertes, renfermant 20 % de plastiques recyclés ou biosourcés.
Le marché du BTP, malgré son importance, fait exception et présente paradoxalement aucune initiative.
En 2003, des producteurs de bioplastiques communiquaient et se positionnaient déjà chacun comme spécialisés dans des matrices précises : Cargill Dow et Mitsui Chemicals sur le PLA, Biomer pour le PHA. Or, c'est l'année 2010 qui marque le tournant pour ces deux polymères avec des usines pilotes opérationnelles, avec, par exemple, l'inauguration du pilote de Metabolix à Clinton, Iowa, ou encore celle de Futerro en Belgique.
Parallèlement, des substances disponibles dans l'industrie alimentaire comme la zéine, la caséine, le gluten n'ont pas fait l'objet d'un intérêt ; ou très peu, comme la cellulose. Cependant, c'est les amidonniers qui ont porté des initiatives, voyant dans l'amidon plastifié une voie de diversification stratégique. Aujourd'hui, comme le groupe Roquette Frères, ces entreprises cherchent à diversifier leur portefeuille avec de futurs biopolymères de seconde génération, issus de déchets de la biomasse, ou des biopolymères obtenus via la production de synthons par la bioraffinerie. Ces futurs biopolymères, proches ou identiques aux polymères synthétiques comme le PE biosourcé, seront issus d'une interconnexion entre le secteur des bioplastiques et celui de la bioraffinerie.
Actuellement, en fonction des prix et caractéristiques techniques, c'est 60 % des plastiques qui peuvent potentiellement être substitués. Un marché a fort potentiel qui croitra dans les années futures avec la disponibilité de bioplastiques avancés.
Enfin, la banalisation future des bioplastiques dépendra de la volonté des pouvoirs publics. En effet, les bioplastiques reposent sur un pilier essentiel : la norme européenne EN 13432 et la norme américaine ASTM 6400 concernant la compostabilité. Tout l'intérêt des bioplastiques est concentré dans ce dernier mot. Or, en Europe comme ailleurs, il n'existe pas de filière de compostage organisée. L'avenir des bioplastiques est donc conditionné à un futur projet de société impliquant celle-ci dans son ensemble.