
L'ergonomie du matériel manipulé par les caristes et autres manutentionnaires est un sujet important pour ces travailleurs, car ils passent huit heures par jour à conduire les chariots-élévateurs ou à manipuler transpalettes et gerbeurs. C'est beaucoup, d'autant plus que les cadences sont rapides, les gestes qu'ils effectuent inhabituels contorsions diverses et variées et les sols sur lesquels ils roulent inégaux, ce qui provoque des vibrations permanentes. Le sujet est si sérieux que les caisses régionales d'assurance maladie l'ont mis sous surveillance et publié des recommandations sur les transpalettes en 2008, année où les troubles musculo-squelettiques (TMS) ont été déclarés cause nationale. Deux points majeurs des recommandations ont trait aux transpalettes. « Audelà de 350 kg, l'usage d'un transpalette électrique devient obligatoire, et la levée doit se situer à 80 cm du sol pour éviter à l'utilisateur de se courber trop bas », déclare Morgan Drouart, responsable des produits de magasinage chez Aprolis, société de distribution et de location de matériels Caterpillar et Crown. Par extension, ces préoccupations ont été prises en compte par les concepteurs de chariots-élévateurs. Résultat : le développement des innovations liées à l'ergonomie s'est accéléré. Et les ventes ont suivi. Selon Stéphane Boutron, responsable de la communication de Still France,« deux machines vendues sur cent étaient ergonomiques avant les recommandations. Après, le rapport est passé à 50-50 ».
L'ergonomie prise en compte dès la conception des produits
« Notre direction considère l'ergonomie si importante qu'elle a convié un cabinet d'ergonomes à s'installer au cœur de l'une de nos usines en Allemagne », déclare Stéphane Boutron. Cette démarche est l'expression d'une préoccupation importante : définir très tôt l'environnement et le poste de travail des utilisateurs dans le but d'en améliorer le confort. « Notre bureau d'études travaille en permanence avec les ergonomes », souligne Stéphane Boutron. Le poste de travail des chariots-élévateurs est le premier bénéficiaire de ces travaux. Toutes les corpulences peuvent prendre place depuis longtemps dans l'espace de conduite et s'asseoir sur un siège réglable et confortable. Et les travaux sur l'amortissement ne cessent de progresser. Par exemple, un chariot électrique subit les déformations du sol mais ne produit pas ses propres vibrations, contrairement au chariot thermique qui génère, en sus, à cause de l'entraînement mécanique, des vibrations supplémentaires. Pour atténuer cet inconvénient, Still a mis au point un système hybride. Un moteur thermique produit de l'énergie qui fait tourner un moteur électrique, qui, lui, fait rouler à son tour le chariot. « L'engin est plus souple à conduire et consomme moins, 40 % en moyenne », précise Stéphane Boutron.
Prolongation « naturelle » du bras de l'homme
Morgan Drouart rappelle aussi que « les commandes s'effectuent du bout des doigts, sur des boutons situés à l'extrémité des accoudoirs ». On diminue ainsi considérablement le mouvement des bras, des avant-bras, des poignets et des mains. Fini donc les grandes manettes. Les pédales ne sont pas oubliées : il y en a toujours trois (accélérateur, embrayage et frein). Dans certains cas, une double pression sur l'embrayage permet dans un premier temps d'embrayer et de ralentir le véhicule, voire de l'arrêter. Cela évite au cariste de changer de pied dans une opération d'approche progressive, par exemple pour enlever une palette. La visibilité des chauffeurs de chariots a également été améliorée, leur évitant des contorsions de la tête répétitives. Pour les chariots à mât pouvant monter jusqu'à 14 m, le siège devient inclinable, épargnant ainsi bien des cas de torticolis. Le toit protecteur a été également remplacé par des profilés tout aussi robustes, à la différence près que l'on peut voir vers le haut sans basculer la tête à droite ou à gauche. Enfin, l'accès aux organes mécaniques ou électriques a été simplifié et sécurisé, notamment en cas de réparation ou de maintenance : il suffit d'appuyer sur un bouton pour lever le volant et ouvrir ensuite le capot, avant de pouvoir enlever le plancher. D'autres améliorations ergonomiques verront le jour, avec une nouvelle approche. Crown, par exemple, s'est mis en tête de faire des produits qui seront la prolongation « naturelle » du bras de l'homme.
Transpalette et gerbeurs évoluent aussi
Dans un transpalette, par exemple, le timon pivote, sur certains modèles, jusqu'à 160° mais la roue peut tourner, elle, jusqu'à 180°. L'amplitude du bras étant inférieure à celle de la roue, les bras des manutentionnaires sont donc moins sollicités. Autre évolution des gerbeurs : quand la palette transportée est volumineuse, elle peut gêner le champ de vision du travailleur. Pour pallier ce problème, le travailleur peut tourner le bras à 45° et marcher le long du gerbeur. La vue est à nouveau dégagée
DIBALY CAMARA