
Au printemps 2010, le premier prototype du Solar Impulse aura réalisé une dizaine de tests dans le ciel européen. La preuve est faite que la machine vole et que la chaîne énergétique remplit son rôle sans consommer une goutte de carburant fossile. Quelles sont les clés qui ont mené au succès d'un projet a priori fou ?
Faire voler un avion avec de l'énergie renouvelable ! Pour Claude Michel, responsable chez Solvay du partenariat avec Solar Impulse, la réussite du cette performance repose sur « le charisme de Bertrand Piccard, inspirateur et porteur du projet, le courage d'André Borschberg, animateur et entrepreneur rigoureux, et la méthode d'innovation ouverte sur laquelle se sont appuyés les différentes équipes ».
Une fois la vision de Bertrand Piccard cristallisée auprès d'entreprises partenaires, il fallait la transformer concrètement. Le défi scientifique et technologique était en soi un facteur important de motivation. Mais comment substituer des technologies « polluantes » par des technologies « vertes » ? Devant l'urgence de la situation, l'équipe du Solar Impulse a fait le pari de l'existant mais combiné de manière différente, pour ne pas dire intelligente. La première innovation était là.
La mesure étalon :
30 W par mètre carré « Malgré l'immense complexité des défis à résoudre, l'équation de base était simple : prendre un mètre carré de panneau photovoltaïque pour la durée du vol, jour et nuit, et mesurer le poids pouvant être propulsé en fonction de la puissance fournie », déclare Claude Michel. Résultat : 1 m2 génère 30 watts qui propulsent 8 kg perpétuellement.
Si l'on prend la surface totale des panneaux photovoltaïques, 200 m2, on arrive à un poids maximal de 1 600 kg, le pilote et son équipement compris. Cette contrainte n'a jamais changé. En revanche, la gestion du projet a évolué. L'organisation est toujours restée flexible et ouverte avec un objectif : la meilleure performance. Ainsi, les équipes ont changé en fonction des besoins. In fine, le projet s'est bâti sur la diversité et la complémentarité des entreprises partenaires : Oméga pour l'électronique et l'instrumentation, Altran et Dassault Aviation pour la simulation numérique, Deutsche Bank et Swisscom pour les télécommunications, l'IATA pour l'ouverture des routes aériennes, Hirslanden pour la préparation physique et le suivi des pilotes... Et Solvay pour les matériaux et l'efficacité énergétique.
Le tout sous l'oeil vigilant de l'EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne), le conseiller scientifique du projet. Pour sortir le premier prototype des ateliers, il fallait prendre des décisions, sachant que les technologies sont perfectibles en permanence. En d'autres termes, pour innover il faut paradoxalement cesser d'innover à un instant T, deux impératifs imposant ce comportement : le budget et le calendrier. « Et prendre des décisions courageuses, c'est la grande force d'André Borschberg », soutient Claude Michel.
LES APPORTS DE SOLVAY AU SOLAR IMPULSE
Le groupe chimique Solvay est le premier partenaire principal du projet Solar Impulse.
Ses principaux apports sont :
• Remplacement de pièces métalliques par des pièces en polymères à haute performance, plus légers ;
• Lubrification à base d'éléments perfluorés efficaces dans une large gamme de température ;
• Isolation thermique du cockpit et des batteries ;
• Augmentation des performances des batteries à l'aide de produits fluorés ;
• Maintien des cellules photovoltaïques, par des films plastiques ;
• Simulation non linéaire du comportement des matériaux par un logiciel de Solvay.