
Stockholm a réduit ses émissions de CO2 de 25 % par habitant entre 1990 et aujourd'hui. Cela a représenté, l'année dernière, une baisse de 3,4 t d'émissions de gaz à effet de serre par habitant. Ce résultat, parmi d'autres, a valu à l'agglomération suédoise d'être élue « Capitale verte de l'Europe » 2010 1. Ce prix, décerné pour la première fois, récompense « une ville qui se démarque par sa capacité à atteindre des normes environnementales élevées [...] afin d'améliorer l'environnement et le développement durable, et par son aptitude à servir de modèle et à promouvoir les meilleures pratiques [...] », lit-on dans le communiqué de Stockholm Business Region. Avant d'être un modèle, la ville a d'abord fourni des efforts, pas forcément spectaculaires mais continus, depuis des décennies.
Travail ordinaire, résultats extraordinaires
« Nous faisions du développement durable depuis les années 1950 sans le savoir », déclare Oller Zetterberg à Innovation & Industrie. Modeste, le PDG de Stockholm Business Region, l'agence de promotion des investissements de la capitale scandinave, a longtemps occupé le poste de directeur de la planification de Stockholm, et présidé le comité de pilotage de Hammarby Sjöstad, un ancien quartier délabré aujourd'hui emblématique, où vivent 25 000 habitants et travaillent 10 000 personnes. 80 % utilisent des modes de déplacement doux : à pied, à vélo, en tramway. Étendu sur près de 200 ha, le quartier est exemplaire : tous les déchets sont valorisés et/ou recyclés, et la consommation d'eau est deux fois plus faible que celle d'un quartier ordinaire. Les calories produites par les eaux usées alimentent sept pompes à chaleur d'une puissance totale de 230 MW. Elles ravitaillent le réseau de chauffage urbain (voir l'exemple de Levallois-Perret dans I&I n° 30, p. 7).
Les boues des stations d'épuration produisent du biogaz pour les gazinières de 1 200 foyers et le carburant de 80 autobus. Les déchets ménagers, à l'exception du verre, sont collectés par un réseau souterrain et valorisés à 98 %. Enfin, l'eau de pluie est récupérée et stockée dans des bassins de rétention et des marécages paysagers. « Pour parvenir à ce résultat, il a fallu vaincre les réticences des promoteurs immobiliers. Un tel projet renchérissait forcément le montant des investissements », témoigne Oller Zetterberg. Un dialogue, d'une terrible banalité, a donc été instauré avec eux, et une fois les premières réalisations terminées, les promoteurs se sont rendu compte de l'impact positif du programme « vert » auprès des clients, malgré un prix du mètre carré globalement cher. Mais, au final, les économies sur la consommation d'énergie et sur le transport rééquilibrent la balance coût-bénéfice des habitants-citoyens.
Une leçon pour les acteurs du Grand Paris
Le quartier de Hammarby Sjöstad n'est qu'un exemple de chantiers « verts » menés par la région de Stockholm. On peut citer aussi la création du péage urbain en 2006 : une taxe a été instaurée pour restreindre le nombre de véhicules dans le centre-ville ; leur nombre a baissé de 10 à 20 %, réduisant d'autant la pollution atmosphérique. Autre exemple : la voiture électrique. À l'initiative de Fortum, première compagnie de production et de distribution d'électricité du pays, un projet est en passe d'aboutir pour la fourniture de véhicules électriques et de bornes de recharge. Volvo et Think, un constructeur norvégien, travaillent à la mise au point du véhicule, et une société finnoise sur les bornes. In fine, la politique impulsée par les autorités régionales favorise de nouvelles activités économiques. « En juin 1941, quand l'armée allemande occupait la ville, Stockholm était une petite ville pauvre du 59e parallèle. Quasiment aucune voiture n'y roulait. C'est à ce moment que le conseil municipal a décidé d'investir dans un métro », dit Oller Zetterberg. Ce fut l'acte premier d'un programme continu allant dans le sens du respect de l'environnement, programme soutenu en permanence par les cinquante municipalités de la région. Pour Oller Zetterberg, la clé de la réussite de la région de Stockholm « tient au travail coopératif des différentes agglomérations qui la composent». Et pour lui, si miracle il y a, il est justement là. Voilà une belle leçon que doivent entendre les différents acteurs du Grand Paris, dans lequel la tendance « verte » pèse. Avant d'afficher de grands desseins, il faut d'abord asseoir la gouvernance, indispensable pour faire accepter les décisions structurantes à des familles politiques différentes. Pour l'instant, seules leurs chamailleries percent à travers leurs déclarations. Paris sera-telle un jour « capitale verte de l'Europe » ?
Hammarby Sjöstad,
• Hammarby Sjöstad, ancien quartier délabré, est aujourd'hui l'emblème vert de la ville. 25 000 habitants y vivent, 10 000 personnes y travaillent, et 80 % utilisent des modes de déplacement doux. Ce quartier est exemplaire pour le traitement des déchets, valorisés quasi totalement. La consommation d'eau y est deux fois plus faible qu'ailleurs dans Stockholm. Enfin, les calories produites par les eaux usées alimentent sept pompes à chaleur d'une puissance totale de 230 MW.
Le quartier BO1 de Malmö, l'autre exemple suédois
Une cité écologique du futur, baptisée B01, voit aussi le jour sur une ancienne friche portuaire de la ville de Malmö. Le programme énergétique en est l'un des points remarquables. 100 % de l'énergie devrait être produite à partir de moyens renouvelables : pompes à chaleur, panneaux solaires, éoliennes... Les déchets sont triés et évacués par un réseau souterrain pneumatique mis au point par une société suédoise, technologie aujourd'hui exportée. La biodiversité a été renforcée grâce à des nouveaux parcs et mares.
DJAMEL KHAMÈS